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Mise à jour le 19. 03. 2018

Ramadan : la compatibilité des médicaments avec le jeûne

Au cours du mois de Ramadan, l’équipe officinale note souvent une altération de l’efficacité thérapeutique et cela est souvent dû à des problèmes d’observance médicamenteuse.

Ainsi, la prise médicamenteuse, après la rupture du jeûne, doit respecter les cinq paramètres suivants :

  1. une posologie adaptée : On ne peut pas toujours conseiller de changer facilement les prises du jour vers la nuit sans prendre certaines précautions surtout quand il s’agit de médicaments à marge thérapeutique étroite et de médicaments indiqués dans les maladies chroniques.La prudence dans ces cas incite à consulter le médecin traitant du patient afin d’amener à un ajustement en cas de nécessité et de garantir une continuité de l’efficacité thérapeutique et la stabilité de la maladie. Cette mesure doit être systématique et habituelle dans la pratique médicale.
  2. L'observance de la chronopharmacologie : Il s’agit de s’assurer que le changement du moment d’administration des médicaments n’influence ni leur tolérance ni leur efficacité. Ceci concerne les anti-inflammatoires à cause de leurs effets indésirables plus marqués le soir et les corticoïdes en raison du déplacement du pic physiologique du cortisol de 8 heures vers les environs de midi. Dans ces deux cas et en attendant les résultats des études cliniques, il serait plus logique de préconiser l’administration pendant le shor.
  3. le rythme d’administration : La prise orale unique le soir constitue l’idéal pendant le Ramadan. Pour les médicaments qui nécessitent deux prises, leur répartition peut s’envisager par la désignation de la première prise au moment de la rupture du jeûne. La deuxième, quant à elle, peut se situer alors juste avant le lever du soleil. Pour les médicaments ayant un rythme d’administration supérieur à deux prises, il est difficile de trouver une répartition adéquate entre la rupture du jeûne et le lever du soleil. 
  4. l’interaction avec les repas : Entre la rupture du jeûne et le lever du soleil, les pratiquants passent une bonne partie du temps à s’alimenter. De ce fait, il n’est pas facile de trouver des moments pendant cette période où l’estomac est vraiment vide. Cela pose donc un problème pour les médicaments qui doivent s’administrer à jeun. Dans ce cas, il y a lieu d’exiger une discipline alimentaire stricte en instaurant deux principaux repas bien séparés pendant les soirées du Ramadan : un à la rupture du jeûne et l’autre le plus tard possible. Dans ces conditions, il est possible de situer un estomac à jeun 2 à 3 heures après le premier repas et 1/2 heure à 1 heure avant le dernier repas.
  5. La nature de l’effet thérapeutique : L’effet thérapeutique de certains médicaments dont la prise orale a été reportée le soir, peut altérer la qualité du sommeil qui est déjà courte pendant la période du Ramadan. C’est le cas notamment des psychostimulants (antidépresseurs, théophylline etc.) ou des diurétiques qui réveillent à cause du besoin d’uriner qu’ils créent. Pour éviter ces inconvénients, il sera mieux d’envisager l’administration pendant le shor.

On recommande ainsi : pour les médicaments à prise unique, de les conseiller à pendre juste après la rupture du jeûne ; pour ceux qui sont à prendre en deux fois, de répartir la prise entre la rupture du jeûne et le repas pris juste avant l’aube ; et en cas de prises multiples, de recourir de préférence aux formes à libération prolongée.

Les médicaments compatibles avec le jeûne

  • Injections sous-cutanées, intramusculaires et intra-articulaires – injections intraveineuses : Celles qui n’alimentent pas la personne et ne se substituent pas ni aux aliments ni à la boisson : celles-ci n’annulent pas le jeûne, et aucun texte religieux ne les concerne, ni explicitement, ni implicitement. Ces injections se différencient totalement des aliments et des boissons, par la nature et par le sens. La règle est que le jeûne est valide jusqu’à ce que la preuve basée sur les textes religieux soit faite que quelque chose l’a annulé.
  • Gargarismes et aérosols buccaux, dentifrice, bain de bouche : à condition de ne pas avaler les produits utilisés
  • Crèmes, gels, pommades et patchs : S’enduire le corps de crème si besoin est ne pose pas de problème, car la crème ne pénètre pas à l’intérieur du corps, mais imprègne l’extérieur de la peau seulement, et à supposer qu’elle pénètre, elle n’est pas considérée comme un élément qui provoque la rupture du jeûne.
  • Aérosols broncho-dilatateurs : L’utilisation de ces inhalateurs par une personne en état de jeûne est permise, que ce soit pendant le mois du Ramadan ou en dehors, car la vapeur aspirée ne parvient pas à l’estomac mais va aux poumons ; elle a la particularité de provoquer leur dilatation et de permettre à la personne de respirer normalement après cela. Ce n’est ni un aliment ni une boisson, et l’inhaler ne revient pas à manger ou à boire, car aucun aliment, ni aucune boisson ne parvient à l’estomac.
  • Gouttes ophtalmiques – gouttes nasaux et auriculaires : Si le jeûneur sent leur goût, il doit recracher le goût qu’il sent et ne pas l’avaler.
  • Suppositoires - ovules gynécologiques et antiseptiques vaginaux

Les prises du sang : Si un peu de sang est prélevé de la personne sans que cela ne l’affaiblissent, cela ne rompt pas son jeûne, que cette prise ait été faite à l’occasion d’un don ou pour des analyses. Mais si par contre, la quantité de sang prélevée est importante et qu’elle affaiblit la personne, elle rompt le jeûne comme les saignées (Hijâma) qui provoque l’interruption du jeûne, selon la preuve dans laSunna. Par conséquent, il n’est pas permis à la personne de faire un don de sang important en plein jour de Ramadan, sauf en cas d’extrême urgence : dans ce cas, la personne fait ce don pour palier à l’urgence (sauver une vie, par exemple), mais cela rompt son jeûne : elle peut alors manger et boire le reste de cette journée et devra rattraper ce jour de jeûne manqué.

Le Rôle de l’équipe officinale 

Des enquêtes menées auprès officines pour évaluer la délivrance des médicaments pendant le Ramadan ont révélé que celle-ci change en qualité et en quantité. Le nombre d’actes de délivrance diminue, alors que le nombre de conseils et d’administration augmente. Concernant la nature des médicaments délivrés, l’étude a révélé une augmentation de la consommation à la fois de médicaments de la sphère gastrique, de vitamines, d’antalgiques et d’anti-inflammatoires et une diminution de celle des psychotropes. Ces changements intéressants nécessitent donc des conseils précieux. Dans ce cadre, l’équipe officinale peut jouer un rôle déterminant pour optimiser le bon usage du médicament pendant cette période.

Les conseils qui sont disponibles en fonction des données scientifiques actuelles peuvent se résumer de la manière suivante :

  • Seule la voie orale est incompatible avec la pratique du jeûne
  • La prise unique est préférable, à défaut, deux prises sont acceptables
  • Les médicaments qui dérèglent le sommeil, sont à éviter ou à conseiller au shor.

Comparaison de l'effet d'un SRO à celui de boissons sucrées

Pour prévenir ou corriger la possible déshydratation liée à une gastroentérite chez les jeunes enfants, un soluté de réhydratation orale (SRO) est recommandé. Au Maroc il s’agit de deux spécialités Biosel et Diarit

Mais que faire si les produits sont en rupture de stock comme le cas chez nous ou si l'enfant ne supporte par le SRO ! Faut-il l'hospitaliser pour une réhydratation intra-veineuse, en particulier en cas de perte de poids ou déshydratation débutante,ou tenter, pragmatiquement, de lui faire boire une boisson sucrée, bien que ce ne soit pas recommandé en raison de leur absence de sel de leur osmolarité élevée?

Afin d’en savoir plus sur la pertinence, ou non, de cette option,Stephen Freedman pédiatre canadien auteur principal de l’étude objet de cet article et ses collaborateurs ont effectué un essai clinique, auprès de 647 enfants âgés de 6 mois à 5 ans sans déshydratation sévère ni facteur de risques (un groupe d’enfants a pris du jus de pommes dilué, l’autre groupe un SRO goût pomme, détails ci-dessous). 

Les résultats, montrent que pour éviter la déshydratation chez ces enfants à risque faible et de plus de 6 mois, le jus de pommes dilué paraît au moins aussi efficace avant 2 ans, et plus efficace après 2 ans, que le SRO " goût pomme". Et ce malgré les risques d’hyperosmolarité encourus avec la prise d’une boisson sucrée pendant une gastroentérite.

Ces résultats ne signifient pas pour autant qu’il faille abandonner les SRO à partir de 2 ans. Mais ils montrent que dans certains cas particuliers, les boissons sucrées pourraient représenter une alternative crédible et pragmatique  (même si la HAC déconseille d’ailleurs les boissons sucrées en cas de gastroentérite) afin d’éviter la survenue d’une déshydratation (ou la mise en place d’une réhydratation intraveineuse).

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